Billy Pilgrim décolle du temps dans l’adaptation de Slaughterhouse-Five

dimanche 11 août 2013 à 16:37

Slaughterhouse-Five (Abattoir 5)

Depuis plusieurs années, Universal souhaite produire une nouvelle adaptation de Slaughterhouse-Five – connu en France sous le titre d’Abattoir 5. Guillermo del Toro est attaché au projet en tant que réalisateur et il a donc de nouveau abordé la question récemment, en révélant que c’était Charlie Kaufman qui adaptait le roman de Kurt Vonnegut. Bien entendu, le projet est dans cette zone de développement où les noms associés peuvent être changés trois fois – bien que del Toro semble y être bien attaché.

Il ne s’agirait pas de la première adaptation pour Slaughterhouse-Five, qui a déjà été porté sur grand écran en 1972 par George Roy Hill sur un scénario de Stephen Geller. Le film a par ailleurs gagné le Prix du Jury à Cannes cette même année.

Slaughterhouse-Five (Abattoir 5)

Slaughterhouse-Five, relate l’histoire de Billy Pilgrim, un homme qui a « décollé du temps ». Ainsi, il passe d’un moment de sa vie à un autre sans en avoir le contrôle. Il est avec sa femme, puis l’instant d’après au cœur de la Seconde Guerre mondiale, puis sur la planète Tralfamadore, etc.

Le roman de Kurt Vonnegut est une œuvre non linéaire qui est autant un plaidoyer contre la guerre qu’une œuvre fataliste sur la destinée humaine. Le mélange entre la comédie noire, la science-fiction, la guerre et la métafiction ont fait de Slaughterhouse-Five un classique qui est toujours aussi réjouissant à lire.

Cinématographiquement parlant, le récit de Vonnegut pose certains défis qui sont autant lié aux voyages dans le temps qu’au ton général de l’œuvre. L’histoire de Billy Pilgrim nous est racontée par un narrateur. Cette approche fournit un ton au roman de Vonnegut qui, en partie, ne se retrouvera pas dans cette adaptation. La phrase « C’est la vie » (ou « So It Goes » dans la version originale) n’est pas prononcée une fois. L’humour – noir et ironique – ne ressort pas, ce qui rend aujourd’hui Slaughterhouse-Five un peu trop monotone.

Slaughterhouse-Five (Abattoir 5)

Il n’y a en fait rien d’étonnant à constater qu’à l’époque, le choix fut fait d’éliminer cet aspect de l’œuvre pour simplement raconter l’histoire de Billy Pilgrim, empêchant potentiellement une remise en cause des faits. Dans cette même optique, le romancier de SF Kilgore Trout est absent du film,  alors que sa présence aurait fourni un autre champ de lecture possible.

A mes yeux, cela rend le récit moins intéressant, mais cela facilite sûrement la retranscription du roman qui parvient malgré cela à se montrer assez fidèle sur de multiples aspects. Quelques changements ont été effectués pour mieux coller au temps imparti et tenter d’offrir des connexions émotionnelles plus solides entre Billy et différents personnages.

Slaughterhouse-Five (Abattoir 5)

D’une certaine façon, George Roy Hill a surtout réussi à créer des transitions entre les différentes périodes de vie de Billy (incarné par Michael Sacks), pour faire émerger un récit un minimum fluide.  Pour y parvenir cependant, les Tralfamadoriens, les extra-terrestres qui vont emporter Billy et le mettre dans un zoo, vont être mis de côté pour n’être réellement présents que dans la toute dernière partie du film. C’est plutôt dommageable aux thématiques du film, car pour le coup, leurs interprétations de l’existence avec l’absence de notion de libre arbitre arrivent tardivement et ne peuvent totalement prendre corps. C’était une part importante de l’œuvre, et donc quasi indispensable vis-à-vis des idées philosophiques explorées ; ce traitement tend à rendre cela trop superficiel, alors qu’ils sont indispensable pour comprendre la vision du monde développé par Pilgrim.

Au final, je réalise que j’ai sûrement plus de reproches à formuler que de compliments à faire à cette adaptation qui reste tout de même encore regardable à ce jour. Elle n’est pas foncièrement mauvaise, et le résultat pour son époque est plutôt louable. Le film porte un peu trop le poids des années, manquant d’une énergie qui aurait retranscrit l’excentricité et les thèmes du roman avec plus de force.

Kurt Vonnegut aimait le film, mais personnellement, je le trouve quelque peu dépassé de nos jours malgré quelques bonnes idées. Slaughterhouse-Five mérite sans aucun doute une nouvelle adaptation.

Slaughterhouse-Five (Abattoir 5)