Klaatu verata nicto… Evil Dead, la trilogie

jeudi 28 mars 2013 à 10:07

Evil Dead 2 (1987)

En 1981, Sam Raimi sort son premier long métrage, The Evil Dead. Un film d’horreur monté avec un budget ridicule qui est depuis devenu un véritable film culte, établissant la carrière de son réalisateur et de son acteur principal, Bruce Campbell.

Voici donc pour la petite histoire. Pour ma part, j’ai découvert The Evil Dead adolescent durant les années 90 et je ne suis pas vraiment tombé sous son charme. Je lui ai préféré sa suite. Cela dit, avec le remake qui sort cette année, je me suis replongé dans cette trilogie afin de voir si je devais réviser mon opinion.

Mais avant tout, de quoi cela parle-t-il ? Des étudiants, Ash et ses amis, décident de passer leurs vacances de printemps dans une petite maison isolée dans une forêt. Sur place, il trouve le Livre des morts qui réveillera des démons qui prendront possession de leurs corps un à un.

The Evil Dead (1981)

The Evil Dead (1981)

Quand j’ai découvert The Evil Dead, c’était sur VHS. J’ai d’ailleurs tendance à penser que c’était la meilleure façon de voir des films d’horreur pré-2000, juste parce que la dégradation de la qualité de l’image sur ce format ajoutait étrangement un plus à l’ambiance. La première fois que j’ai vu Ringu, c’était également sur une VHS, au milieu de la nuit, et je ne suis pas certain que l’expérience puisse être revécue – le visionnage en DVD n’a clairement pas eu le même effet.

Quoi qu’il en soit, revoir le film avec une copie de qualité des années plus tard revient à le redécouvrir totalement. Une part de son humour m’avait largement échappé auparavant, je suis donc bien content de réaliser ce à côté de quoi j’étais passé. Je me demande d’ailleurs si une partie du second degré n’est pas accidentel, qu’il serait le résultat bienfaiteur des limitations dues au budget du film. Dans ce rayon, il est marrant de constater que malgré le manque d’argent, une bonne partie des effets visuels du film ont agréablement vieilli. Certes, la décomposition en pâte à modeler à la fin est toujours aussi risible, mais le maquillage a encore un effet assez sympathique aujourd’hui.

Je pense en tout cas que si The Evil Dead reste regardable, c’est en grande partie grâce à la réalisation imaginative de Sam Raimi. L’installation de l’ambiance est efficace et utiliser la caméra pour incarner l’ennemi invisible donne souvent à l’action un côté tangible qui fait fonctionner des scènes qui auraient indéniablement manqué d’énergie si elles avaient été moins subjectives.

Côté scénario, il y a des carences évidentes. Des personnages qui réagissent par moment avec quelques secondes de retard ou qui se comportent de manière totalement irrationnelle juste pour nous entrainer vers une scène d’attaque diabolique. Cela donne au film un côté légèrement amateur qui n’est pas nécessairement dommageable.

En tout cas, The Evil Dead n’a pas volé sa réputation. Il est bien supérieur à ce que mes souvenirs me laissaient penser.

Evil Dead 2 (1987)

Evil Dead 2 (1987)

Je gardais de cette suite l’impression qu’elle n’était qu’un simple remake de l’original. Dans un premier temps, c’est un peu la forme prise par l’intrigue. Durant le premier quart d’heure, Raimi nous offre une relecture très allégée du premier opus, nous réintroduisant son héros, Ash, pour mieux le replacer dans la situation inconfortable qui clôtura The Evil Dead. Une fois que l’on est arrivé là, et avec l’aide d’une exploration plus importante de la mythologie du Livre des Morts, l’histoire prend un nouveau tournant.

Étrangement, Evil Dead 2 se révèle être aujourd’hui beaucoup plus cheesy que son prédécesseur. Ce n’est probablement pas aidé par le développement de cette histoire d’archéologue découvrant le fameux livre. De plus, il y a une prise de conscience bien plus notable des moments humoristiques. On vire d’ailleurs occasionnellement de manière complètement volontaire dans le slapstick.

Bruce Campbell s’en sort légèrement moins bien avec le mélange du ton, même s’il embrasse totalement le délire, ce qui aide à vendre le côté over the top assumé de certains passages. Les autres personnages ne sont pas forcément bien lotis, mais j’ai l’impression que le problème vient surtout du fait que le film est bien plus le produit de la culture des ‘80s que le premier qui était clairement influencé par le cinéma d’horreur des ‘70s – la présence de l’affiche déchirée de The Hills Have Eyes était difficile à ignorer.

Malgré tout, bien que possédant une tonalité et un style proche de l’original au point de départ, Evil Dead 2 s’en éloigne rapidement pour imposer sa propre touche qui lui a ses limites, mais qui tient la route jusqu’au bout.

Army of Darkness (1992)

Army of Darkness (1992)

Pour terminer la trilogie, on part dans un genre différent. Certes, Ash et le Livre des Morts sont toujours d’actualité, mais on s’engage cette fois dans une aventure de fantaisie noire qui frôle le grotesque.

Question continuité, des éléments introduits dans Evil Dead 2 sont pris en compte, mais une partie de l’histoire est légèrement réécrite, allez savoir pourquoi.

Dans un sens, il était pertinent de changer de registre, de ne pas rejouer une troisième fois le coup de la maison dans la forêt dans laquelle débarquerait un Ash tout frais. Envoyer le héros malgré lui dans un univers médiéval aurait été bien plus intéressant s’il ne se transformait pas complètement en un total badass qui maitrise l’assassinat de démons comme s’il avait fait ça toute sa vie.

Army of Darkness adopte de toute façon assez rapidement un côté cartoon. Le célèbre second degré de la franchise s’efface pour lasser sa place à un style de comédie plus lourd qui est à prendre justement au premier degré.

Sam Raimi perd d’ailleurs un peu la main, s’amusant régulièrement à rejouer à l’identique des plans tirés des deux premiers films pour tenter de maintenir vivace la filiation entre ses films, ce qui ne joue pas en faveur de ce troisième opus. Difficile de distinguer la paresse de la référence, tout particulièrement dans cet univers qui est plus riche, mais qui n’est pas pour autant plus développé. Le scénario reste à la surface, s’appuyant bien trop lourdement sur des clichés pour éviter de perdre du temps à construire quelque chose d’original au niveau des différents protagonistes. Le résultat contient quelques passages mémorables, notamment quand Ash se retrouve tout seul, mais le reste est bien trop superficiel pour mériter d’être réellement retenu.

Le délire d’Army of Darkness aurait pu clôturer la trilogie de manière brillante, mais le film est simplement bâclé, sacrifiant au passage ce qui rendait les deux précédents uniques à leur façon.