Nausicaä de la vallée du vent, par Hayao Miyazaki (1984)

lundi 30 décembre 2013 à 15:52

Nausicaä de la vallée du vent, par Hayao Miyazaki (1984)

Après Le château de Cagliostro, Hayao Miyazaki réussira à donner vie tant bien que mal à son second long-métrage : Nausicaä de la vallée du vent.

Cette fresque écologique se déroule dans un monde post-apocalyptique, mille ans après la chute de la civilisation industrielle. L’homme survit comme il peut dans quelques zones qui restent tout de même menacées par la Fukai, une gigantesque forêt où vivent les insectes et des spores toxiques qui peuvent tout anéantir sur leur passage. En somme, nous nous retrouvons face à une situation qu’on pourrait juger d’inverse à aujourd’hui : là où l’homme tend à détruire son environnement, c’est la nature qui le tient ici sur ses gardes où un dérapage pourrait entrainer sa destruction. C’est justement ce qui pourrait se produire avec la volonté de l’empire de Tolmèque et celle de Pejite de mettre un terme à la situation actuelle – malgré le fait qu’ils s’opposent sur la façon d’y arriver.

Nausicaä de la vallée du vent, par Hayao Miyazaki (1984)

Dès lors, Nausicaä est animé par son message environnemental qui le traverse d’un bout à l’autre, quittent à y délaisser une certaine forme de complexité. Les intentions sont claires, il est difficile de faire plus en la matière, la narration se voulant d’un descriptif qui peut se montrer rébarbatif, surtout quand on s’approche de la fin du film. L’univers en pâtit quelque peu à différents niveaux, semblant voguer entre l’œuvre épique et l’histoire  presque trop moralisatrice pour son propre bien.

Le poids des années se fait légèrement ressentir sur l’animation et sur quelques morceaux de Joe Hisaishi, ce qui n’enlève aucune valeur aux morceaux réellement envoûtants. Rien ici ne se dote de toute façon de la forme d’un obstacle au visionnage. Nausicaä de la vallée du vent est un film ambitieux et scénaristiquement plus abouti que la précédente réalisation de Miyazaki. Ce dernier est ici déterminé à y illustrer la beauté d’un monde où il faut parfois voir au-delà des apparences. Ainsi, derrière le poison qui habite la forêt se dissimule tout un système qui permet en réalité la vie. De même, les ômus, insectes géants menaçants et pas forcément très attractifs, sont les protecteurs de cet environnement et des êtres possédant d’une certaine sensibilité.

Nausicaä de la vallée du vent, par Hayao Miyazaki (1984)

Cependant, le film est autant capable de magnificence que d’un manichéisme agaçant. La princesse Nausicaä est posée comme un véritable modèle de conduite, complètement dévouée à la protection de la nature et des animaux, dotée d’une forte empathie et d’une forme de magnétisme qui entraine le respect – voire la dévotion. Elle n’a jamais tort ou ne fait pas de faux pas, même quand ses sentiments les plus mauvais menacent de prendre le dessus. L’ambivalence n’est pas présente, la Vallée du vent étant installée comme un lieu qui sait vivre en harmonie avec son environnement, tandis que l’empire Tolmèque et la cité de Pejite sont menés par des conflits et de la violence qui menacent de tout détruire. Ce n’est pas aidé par le fait qu’en dehors de Nausicaä, peu de temps est réellement consacré aux autres personnages, empêchant de mieux les connaitre et de dépasser leurs motivations premières. Le film n’entraine pas vraiment dans les autres territoires ; il se contente de signifier que les leaders prennent les pires décisions pour leur peuple – que ce soit par simple ignorance ou par peur – sans pour autant tenter de légitimer comment ils en sont vraiment arriver là.

Sur certains aspects, il y a certainement du vrai, mais d’un autre côté, cela tend à rendre le dessin animé plus simpliste qu’il ne devrait l’être, alors que le monde dans lequel il se déroule est riche et fascinant. Nausicaä se veut à l’image de son héroïne, dévouée à sa cause et manquant d’ambigüité.

Nausicaä de la vallée du vent, par Hayao Miyazaki (1984)

Réalisateur et scénariste : Hayao Miyazaki.
Casting (vocal) : Sumi Shimamoto, Yōji Matsuda, Yoshiko Sakakibara, Goro Naya, Hisako Kyōda, Iemasa Kayumi, Mahito Tsujimura, Ichirō Nagai, Kōhei Miyauchi, Jōji Yanami, Miina Tominaga, Makoto Terada, Akiko Tsuboi.