Oblivion (2013)

mardi 20 août 2013 à 10:42

Oblivion (2013)

Après Tron: Legacy, Joseph Kosinski revient avec Oblivion, un projet original qu’il produit, réalise et co-scénarise. Son but était, selon ses dires, de rendre hommage à des films des années 70. Il ne se contentera pas de cette époque, car son second long-métrage s’inspire vraiment de beaucoup de choses, aussi récentes qu’anciennes.

Mais d’abord, le sujet. Cela commence avec Jack Harper (Tom Cruise) qui nous explique que des extra-terrestres ont explosé la Lune et ils sont venus finir le travail sur Terre après ça, mais les humains les ont atomisés. Le problème est que la planète est devenue en grande partie inhabitable et les terriens ont alors colonisé Titan. Jack est seul sur Terre avec Victoria « Vica » Olsen (Andrea Riseborough). Leur job est d’assurer le fonctionnement des drones qui protègent des machines produisant l’énergie devant alimenter la colonie. Le souci est que les drones sont attaqués par des poches de résistance extraterrestres et Jack doit donc les réparer.

Oblivion (2013)

Tout ceci est expliqué et illustré comme il se doit durant la première partie du film. La phase d’exposition est assez longue, mais rien n’est laissé au hasard, bien au contraire. C’est d’ailleurs au point où une fois qu’elle est terminée, il ne reste plus qu’un déclencheur pour laisser l’ensemble progresser en mode automatique. Et c’est donc ce qui se passe.

Il est indéniable que Kosinski a une vision artistique, mais celle-ci est avant tout concentrée sur la forme. S’il ne néglige pas sciemment le fond pour autant, il semble peu enclin à y prêter l’attention nécessaire. Le fait est qu’il aime la science-fiction et connait ses classiques. Malheureusement, il parait croire que l’hommage est un angle narratif viable pour raconter une histoire qui se veut originale. Étrange approche qui rend Oblivion légèrement anecdotique dans son propos, ce qui a pour conséquence d’atténuer la force visuelle de son métrage qui finit par ressembler à une belle coquille vide.

Oblivion (2013)

C’est bien regrettable, et ce, pour plusieurs raisons. La première est que Tom Cruise délivre une performance réellement solide qui méritait d’être exploitée plus en profondeur. La seconde est que le film commence par exposer des thématiques intéressantes, bien que classiques, qui auraient été suffisantes pour porter l’ensemble jusqu’au bout si elles n’étaient pas simplement oubliées en cours de route.

Explorer de ce qui rend une personne vraiment unique et indépendante est à la base de tellement d’histoires de SF qu’il n’est pas surprenant d’en parler ici. L’approche choisie a le mérite de gagner en intérêt quand les premiers gros twists sont dévoilés, mais ceux-ci entrainent alors Jack Harper loin de ça pour le pousser à se concentrer sur un autre angle de l’intrigue qui ne trouve comme appui que la redondance de ses faibles arguments. Concrètement, toute la pertinence du sujet est noyée dans une tentative vaine de légitimer les actions du héros en utilisant une connexion humaine qui n’est jamais crédibilisée.

Oblivion (2013)

La première partie du film se repose sur ce qui lie Jack et Victoria, mais la seconde brise ce lien qui était pourtant la seule accroche émotionnelle que l’on nous offrait pour introduire à la place Julia (Olga Kurylenko) pour laquelle Jack doit tout sacrifier, car elle représente qui il était avant. L’absence d’alchimie entre Jack et Julia – à l’opposée de Jack/Vica – s’impose vraiment comme un poids mort qui est trainé jusqu’au bout, anéantissant alors progressivement tout l’intérêt que l’on aurait pu développer pour les différents protagonistes. Cela nous entraine inexorablement vers une conclusion dont le momentum est simplement inexistant. Il faut dire qu’à ce stade, tout le film fonctionne tellement par automatismes que l’ennui commence à s’insinuer.

Globalement, Oblivion souffre de ce qu’il aurait pu être, plus de ce qu’il est en réalité. Il passe à côté de son potentiel à cause d’un scénario qui n’a pas été écrit pour soutenir les ambitions du réalisateur. Concrètement, Joseph Kosinski ne réalise pas un film foncièrement mauvais, au contraire, il a de véritables qualités, mais il lui manque de la substance pour être plus qu’un joli objet filmique à moitié pensé.

Oblivion (2013)

Réalisateur : Joseph Kosinski ; Scénaristes : Joseph Kosinski, Karl Gajdusek, Michael Arndt.
Casting : Tom Cruise, Olga Kurylenko, Andrea Riseborough, Nikolaj Coster-Waldau, Melissa Leo, Morgan Freeman.