P.T. Anderson’s The Master (2012)

lundi 11 février 2013 à 12:00

P.T. Anderson’s The Master (2012)

Cinq années après There Will Be Blood, Paul Thomas Anderson a fait son retour avec The Master, un film vendu comme étant officieusement au sujet de l’Église de Scientologie, mais partiellement seulement. C’est avant tout l’histoire d’un soldat qui, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est perdu, victime de trouble de stress post-traumatique, et trouve une maison auprès d’une famille dont le patriarche est le leader d’un culte.

Ce soldat, c’est Freddie Quell, un alcoolique rempli d’une colère le rendant imprévisible et l’empêchant de regagner une place dans la société. En parti conscient de son instabilité, il n’est pas retourné chez lui retrouver l’amour de sa vie, ce qui le ronge encore plus de l’intérieur. Sa rencontre avec Lancaster Dodd est le fruit du hasard, mais les deux hommes vont rapidement développer une fascination réciproque. L’un parce qu’il est intrigué par ce que cet intellectuel peut lui apporter ; l’autre parce qu’il voit dans cet homme instable un sujet d’étude intrigant.

P.T. Anderson’s The Master (2012)

Le film se focalise en partie sur cette étrange relation, mais surtout sur le combat que Freddie mène avec ses propres démons que Dodd peine à exorciser. Cela dit, Dodd s’impose avant tout comme une figure paternelle pour Freddie qui a justement perdu son père. L’ancien soldat veut alors tout faire pour satisfaire cette nouvelle figure autoritaire dans sa vie, mais le culte qu’il développe pour Dodd n’est pas celui que les autres entretiennent pour leur gourou.

C’est cette nuance qui rendra toute l’exploration de la thématique pertinente, mais ce n’est finalement que secondaire, car le voyage de Freddie va plus loin qu’un simple prétexte pour parler des dangers d’un culte.

P.T. Anderson’s The Master (2012)

The Master pourrait presque être présenté comme le pendant métaphysique de First Blood, d’un certain côté. La réalisation de Paul Thomas Anderson élèvera cependant le film bien au-dessus de cela. Avec sa cinématographie proprement sublime et sa bande-son hypnotique, ce long métrage est une œuvre d’une beauté aussi atypique que captivante qui est entièrement au service des acteurs. Au sommet de son art, Joaquin Phoenix transcende son rôle de manière surréaliste, devenant un véritable objet de fascination. Face à lui, Philip Seymour Hoffman s’impose dans un rôle aux multiples facettes qu’il maitrise avec une telle finesse qu’il en devient insaisissable.

C’est ce face à face monumental qui donne à The Master une énergie aussi unique qu’éprouvante qui fait que même quand l’histoire s’obscurcit, rien ne semble réellement avoir plus d’importance que la poésie – aussi violente et intense qu’elle puisse être – qui s’échappe de cette danse que mènent Freddie et Dodd.

P.T. Anderson’s The Master (2012)

Arrivée à la fin, peu importe le sujet premier du film, tout ce qui en ressort est cette relation entre ces deux hommes et la manière dont ils furent transformés par le temps qu’ils passèrent ensemble.

Avec The Master, Paul Thomas Anderson délivre une fois de plus un long métrage aussi beau qu’intelligent qui ne peut pas laisser indifférent. C’est une magnifique exploration cinématographique de la nature humaine.

P.T. Anderson’s The Master (2012)

Réalisateur & Scénariste : Paul Thomas Anderson.
Casting : Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams, Ambyr Childers, Jesse Plemons, Rami Malek, Laura Dern, Madisen Beaty.