Pusher, la trilogie

samedi 06 juillet 2013 à 13:11

Pusher (1996)

C’est en 1996 que sort Pusher, le premier film de Nicolas Winding Refn et celui-là même qui lancera sa carrière. Il réalisera deux suites, mais qui arriveront tardivement, en 2004 et 2005. Ce n’est pas vraiment anecdotique, car si les trois longs-métrages sont étroitement liés dans leur construction et leur sujet, le premier se distingue plus des deux autres dans son traitement.

La trilogie Pusher se déroule dans le milieu de la drogue à Copenhague, s’intéressant à un personnage différent à chaque œuvre. L’idée est d’offrir une plongée immersive dans le quotidien de gens à la vie peu enviable, qui perdent le contrôle sur leur existence et doivent alors tenter de retrouver sous une forme ou une autre.

Pusher (1996)

Le premier volet suit Frank, un dealer qui va se lancer dans une transaction trop importante et qui va sans surprise mal tourner. Endetté, Frank doit rembourser une dette et chaque jour qui passe ne fait qu’empirer la crise.

D’une certaine manière, Pusher est victime du temps dans le sens où il est trop prévisible pour être encore efficace sur certains aspects. Winding Refn n’est pas non plus très subtil dans la construction de son histoire, ce qui n’aide pas forcément. Les errements de Frank et sa façon de s’enfoncer parfois bêtement peut sporadiquement agacer, mais Kim Bodnia porte le film sur ses épaules et fait ressortir tout le désespoir qui habite le personnage, autant que son incapacité à réellement prendre une quelconque décision. Cela est avant tout accentué par ses rapports avec Vic, une prostituée avec laquelle il entretient une relation ambigüe, se refusant à accepter la véritable place que la jeune femme occupe dans sa vie. On pourrait presque y voir là sa façon de rejeter une partie de ce qu’il est dans la façon dont il la traite .

Kim Bodnia sera, en vérité, le premier d’une série d’acteurs qui sont majoritairement l’attrait principal de la trilogie. Les premiers rôles sont excellents, et ont souvent tendance à transcender le matériel un peu inégal qui leur est fourni.

Pusher II (2004)

Pusher 2 : Du sang sur les mains se tourne vers Tonny, incarné par Mads Mikkelsen, déjà présent dans le premier. Esthétiquement parlant, Winding Refn conserve son style mais il effectue un travail plus poussé sur les couleurs qui montrent clairement qu’entre-temps, il s’est affirmé sur ce plan-là.

D’un point de vue scénaristique, il jouera plus ou moins des mêmes ressorts, si ce n’est que s’y mêle ici la famille ; Tonny est à la recherche de l’approbation et du respect de son père, ce qu’il ne peut pas obtenir. À l’image de Frank, Tonny doit finalement réussir à s’extirper de là où il est. Si Pusher se terminait sur ce moment où la décision devait être prise – et quasi obligatoire de toute façon pour une question de survie –,  Tonny a le choix à un certain niveau.  J’ai par contre trouvé un peu dommage que le personnage, qui n’est clairement pas une lumière, mette un peu trop de temps à devenir sympathique – et il est entouré de gens exécrables d’un bout à l’autre. Le long-métrage tire sur une carte plus émotionnelle pour offrir de nouveau une fin percutante – et pas dénué d’espoir.

Pusher II (2004)

Pusher III (2005)

Les films Pusher sont en tout cas remplis de personnages difficilement appréciables, mais qui manquent aussi d’une certaine dimension, ce qui m’a quelque peu rebutée. Milo (campé par Zlatko Buric) illustre assez bien cela dans le sens où il est présent dans les trois volets, et occupe une fonction particulière dans les deux premiers avant de véritablement montrer une réelle complexité quand il se retrouve au cœur de l’histoire dans Pusher 3 : L’ange de la mort.

Cette fois-ci, l’intrigue se déroule sur une journée (le second étant le seul à ne pas se jouer sur une période temporelle précise). Nous y suivons Milo, le serbe vendeur de drogues qui célèbre les 25 ans de sa fille et doit remettre en cause sa place dans le business face à des jeunes plus demandant et prêts à l’éjecter. Comme ses prédécesseurs, tout se construit autour de trahison, négociations et survie et dans la lignée du second, l’angle familial vient étoffer les enjeux. Cela permet de mettre mieux en perspective les multiples décisions prises et c’est important avec Milo, qui arrive à un tournant dans son existence, tentant de se désintoxiquer alors qu’il est entouré de drogues.  C’est donc avant tout le fait que Milo est un homme d’un certain âge qui évite à ce Pusher 3 de tomber un peu trop dans la redite, son regard apportant quelque chose de différent au sujet, même si le récit n’est pas forcément prenant.

La trilogie Pusher se veut aussi glauque et immersive, avec une violence qui est progressive et qui atteint son apogée dans le dernier volet. Cependant, aucun des films ne sera à mes yeux épargnés par des baisses de rythme ou des répétitions, un sentiment qui je pense a dû être amplifié par un visionnage rapproché des œuvres. Certaines ficelles narratives en deviennent grossière arrivée à la fin. Au final, je n’ai pas été véritablement happée par l’univers sordide de Pusher, qui possède des choses intéressantes tout du long, mais qui tient avant tout pour ses acteurs et quelques scènes vraiment percutantes.

Pusher III (2005)

La trilogie Pusher – scénarisé et réalisé par : Nicolas Winding Refn (avec Jens Dahl co-scénariste sur le premier)

Pusher avec : Kim Bodnia, Zlatko Burić, Laura Drasbæk, Slavko Labović, Mads Mikkelsen, Vanja Bajičić, Peter Andersson, Lisbeth Rasmussen, Levino Jensen, Thomas Bo Larsen, Lars Bom.

Pusher II avec : Mads Mikkelsen, Leif Sylvester, Anne Sørensen, Øyvind Hagen-Traberg, Kurt Nielsen, Karsten Schrøder, Maria Erwolter, Zlatko Burić, Ilyas Agac, Linse Kessler, Sven Erik Eskeland Larsen, Maya Ababadjani.

Pusher III avec : Zlatko Burić, Marinela Dekić, Ilyas Agac, Vasilije Bojičić, Kujtim Loki, Ramadan Hyseni, Levino Jensen, Linse Kessler, Slavko Labović, Kurt Nielsen, Hakan Turan.