Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

jeudi 23 mai 2013 à 11:10

Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

Film suédois sorti en 2010, Snabba Cash lança Daniel Espinosa et Joel Kinnaman sur la scène internationale. Si le premier a enchainé en réalisant l’efficace et oubliable (et un poil ridicule) Safe House, le second a commencé à se bâtir une carrière solide en passant par la série The Killing avant de décrocher le premier rôle du remake de Robocop.

Enfin, tout ça ne nous dit pas grand-chose sur ce Snabba Cash, adaptation du livre éponyme de Jens Lapidus. Ce film débute de manière assez éparpillée pour nous présenter JW (Kinnaman), Jorge (Matias Varela) et Mrado (Dragomir Mrsic). Au point de départ, ils n’ont que peu en commun, mais ils vont finir par se rencontrer d’une façon inattendue au cœur d’une histoire de trafique de drogues.

Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

JW est un étudiant qui est issu d’un milieu pauvre, mais il travaille au noir pour tenter de gagner de quoi obtenir sa place parmi l’élite. Il a donc un grave problème d’estime personnelle et cela le poussera à s’engager dans une organisation criminelle. Jorge s’évade de prison et doit aider à mettre en place un réseau d’importation de drogues pour avoir l’argent qui aidera sa famille. Enfin, Mrado est un criminel endurci qui se retrouve soudainement avec la garde de sa fille qui l’encouragera à réviser ses choix de carrière.

L’intrigue se construit progressivement en montrant les différents univers des personnages qui s’étendent et en laissant la violence s’immiscer profondément. JW, Mrado et Jorge vont devoir aller plus loin qu’ils ne le voulaient pour tenter de s’en sortir, acceptant de faire des choses contre nature pour sauver leur peau. Snabba Cash nous entraine ainsi dans une spirale dans laquelle tout le monde est prêt à trahir tout le monde, un sacrifice justifié par l’espoir d’un avenir meilleur qui n’est pourtant qu’incertain, car ils sont tous rongés par la rage qui les anime.

Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

En plus d’une réalisation immersive, Snabba Cash tire sa force de la définition précise et nuancée des enjeux et motivations de tous les personnages qui s’entrechoquent, entretenant ainsi continuellement le doute sur la possible survie de chacun. Cette gravité dans les thématiques du film deviendra captivante quand JW commencera à réaliser dans quoi il s’engage. Par contre, la superficialité du monde dans lequel il évolue durant la première partie du film est quelque peu irritante au premier abord et fait qu’il est nécessaire de s’accrocher un peu pour réellement s’intéresser à ce qui se passe — même si cela se révèle finalement nécessaire pour renforcer les décisions prises par la suite. JW essayait d’appartenir à un monde dans lequel il n’avait pas sa place et il s’enfoncera dans un autre qu’il n’aurait jamais dû approcher pour y arriver. La contradiction qui le guide n’est pas aussi marquée chez Jorge et Mrado, car la violence de leur quotidien leur offre une perspective différente, ce qui ne les empêche pas de rêver à leur tour d’un autre monde où ils seraient en sécurité. Ils connaissent les règles du jeu et savent donc dès le départ le danger qu’ils encourent, ce que JW tardera à réaliser.

J’ai d’ailleurs particulièrement aimé Mrado et Jorge dans ce premier film, JW se montrant par moment trop irritant, coincé dans ses illusions, là où les autres font face à la réalité. De plus, la relation entre Mrado et sa fille apporte une véritable couche émotionnelle à l’histoire, ce qui ne fonctionnera que partiellement avec JW. C’est d’ailleurs son amitié avec Jorge qui finira par être ce qu’il y a de plus tangible à son sujet. Un bon point pour le dernier tiers du scénario qui utilisera cet aspect pour complexifier l’intrigue.

Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

Le second opus, réalisé par Babak Najafi, mélangera tout cela en associant JW à Mrado et en laissant Jorge évoluer seul de son côté. Cela ne permettra cependant pas à Snabba Cash II d’être une suite cohérente, à défaut d’être totalement justifiée. On reprend l’histoire trois ans plus tard et on reconnecte avec tout le monde. Il y a même trop de retours et pas assez de nouveaux visages, ce qui fait que le film ne parvient pas à véritablement trouver sa voix. Cela piétine et si les retrouvailles sont sympathiques, le scénario parait trop souvent étirer inutilement l’histoire. J’apprécie l’évolution de JW, mais je n’ai pas pour autant été convaincu par la route qu’il choisit de prendre, car elle semble surtout construite pour permettre à Mrado d’avoir une conclusion qu’il n’était pas forcément nécessaire de lui donner. Idem pour Jorge qui apparait par moment trop forcé dans une intrigue qui comporte trop de twists pour le maintenir en place.

De plus, même s’il s’agit d’étendre cette immersion dans la vie de ses trois hommes rongés à ce stade par le poids de leurs erreurs, le scénario entretient avant tout l’illusion d’une possible fin heureuse pour tout le monde, car qui se montre agaçant à un certain niveau, puisqu’il est évident dès le départ qu’elle ne se concrétisera pour personne. Les thématiques développées par cette suite sont dès lors noyées dans une fuite en avant pavée d’embuches et seul le personnage de Mahmoud — collègue de JW dans Snabba Cash — parvient à sortir son épingle du jeu pour simplement nous servir une redite des sujets développés dans le premier film.

Au final, Snabba Cash II est une suite qui tient la route, mais dont la pertinence peut aisément être mise en question. La réalisation est maitrisée et les acteurs sont toujours aussi bons, ce qui fait que le visionnage n’est pas dénué d’intérêt. Néanmoins, Snabba Cash fonctionne très bien tout seul et gagne surement plus à être revu qu’à avoir une suite. A noter d’ailleurs, qu’un troisième sort en octobre 2013 sur les écrans suédois.

Snabba cash/Easy Money I & II (2010 & 2012)

Snabba Cash

Réalisateur : Daniel Espinosa ; Scénariste : Maria Karlsson.
Casting : Joel Kinnaman, Matias Padin Varela, Dragomir Mrsic, Lisa Henni, Mahmut Suvakci, Jones Danko, Lea Stojanov, Dejan Cukic, Miodrag Stojanovic, Joel Spira, Fares Fares.

Snabba Cash II

Réalisateur :  Babak Najafi ; Scénariste : Maria Karlsson.
Casting : Joel Kinnaman, Matias Padin Varela, Dragomir Mrsic, Fares Fares, Madeleine Martin, Dejan Cukic, Joel Spira, Lisa Henni.