Star Trek Into Darkness (2013)

lundi 02 septembre 2013 à 9:51

Star Trek Into Darkness (2013)

Malgré le succès au box-office du premier Star Trek de J.J. Abrams, il aura fallu patienter 4 ans pour que la suite arrive au cinéma. L’attente ne fut pas pour autant intenable, tout particulièrement parce que la renaissance de la franchise n’a pas été une grande réussite sur le plan créatif. Globalement, c’est un divertissement moins sympathique qu’il n’est poussif, ce qui n’enlève rien au fait qu’il se laisse regarder sans déplaisir, du moins, si on n’en attend pas grand-chose.

Et c’est bien là le problème et il se reproduit avec Star Trek Into Darkness. Plus qu’un blockbuster de plus signé Abrams & Co., il est question de Star Trek, et Gene Roddenberry n’a pas donné jour qu’à une simple franchise de divertissement, au contraire.

Star Trek Into Darkness (2013)

Star Trek Into Darkness se propose en tout cas de revisiter de loin Star Trek II: The Wrath of Khan, mais semble également puiser son inspiration sur Star Trek: Insurrection – ce qui est légèrement étrange. Comme dans ce dernier, l’histoire commence ici par une violation de la directive première de Starfleet, un classique de chez classique dans la franchise. Le but est surtout de fournir une accroche musclée avec une pointe d’humour et le besoin de faire le point sur la relation entre Kirk et Spock.

Celle-ci est globalement la seule chose que le trio de scénaristes – Roberto Orci, Alex Kurtzman et Damon Lindelof – semble considérer comme pertinente dans Star Trek. Ils n’ont probablement jamais entendu parler de ce qui animait Roddenberry, de son envie d’aborder des sujets sensibles sous forme de métaphore ou bien même de la philosophie humaniste perpétuée d’un bout à l’autre de ses séries. Ces choses-là n’ont pas leur place dans l’univers rebooté par J.J. Abrams.

Au lieu de cela, il préfère miser sur l’action. Il cherche à en mettre plein la vue et ne lésine pas sur les moyens ou la quantité, n’étant visiblement pas dérangé par un quelconque besoin de livrer une intrigue cohérente. Pour lui, ce qui compte, c’est le spectacle – peu importe s’il sonne par moment réellement absurde – et la bromance Spock/Kirk. Pour le reste, on ne peut avoir que des regrets. Par exemple, Carol Marcus n’est jamais développée, elle qui est devenue la mère du fils de Kirk dans la ligne temporelle d’origine. De même, alors que l’opportunité se présente pour offrir une réflexion sur les dérives des manipulations génétiques, sur les justifications d’une guerre et sur les sacrifices à faire pour en éviter une, rien n’est développé. Les éléments sont pris, utilisés pour faire avancer l’intrigue et jetés avant d’avoir délivré le matériel qui aurait pu donner corps à un réel propos. Il n’y a pas de temps pour cela, une nouvelle scène d’action attend toujours, et elle sera encore plus grosse que la précédente.

Star Trek Into Darkness (2013)

Star Trek Into Darkness (2013)

Le souci est que Lindelof, Kurtzman et Orci livrent le genre de scénario qu’ils ont l’habitude de faire, mais il ne s’agit pas ici d’un Transformers, mais d’un Star Trek, et même les pires longs-métrages de la franchise étaient porteurs d’un message qui les animait réellement d’un bout à l’autre. Certes, on pourrait effacer cet argument et traiter le film comme s’il n’était qu’un blockbuster générique comme un autre, mais ce n’est pas le vraiment possible, comme le montre Benedict Cumberbatch quand il annonce sur un ton chargé de gravité qu’il se nomme Kahn. L’impact de cette réplique, sa mise en scène, son interprétation, son lien avec le passé de la franchise, tout est fait pour ancrer le film dans une histoire qui le dépasse – tout comme quand le vieux Spock est appelé pour fournir des informations. Ces choses font que Star Trek Into Darkness se réclame comme étant un membre à part entière de cet univers, et on ne peut pas le juger autrement.

Dans ce sens, ce dernier de J.J. Abrams se montre décevant et poussif à plus d’un endroit. La réalisation est étrangement inconsistante par moment et manque de lisibilité à d’autres, tout particulièrement quand cela commence à sérieusement bouger. Ajoutons à cela que le méchant grandiloquent fatigue et que l’interprétation rigide de Benedict Cumberbatch n’aide pas – tout comme son élocution. On combine cela à un manque certain de substance dans le propos et à un abus constant de raccourcis scénaristiques, et ce Star Trek Into Darkness semble n’avoir rien pour lui. Ce n’est pourtant pas totalement vrai, car cette fois encore McCoy et Scotty sont là pour apporter un peu d’air frais.

Star Trek Into Darkness (2013)

Réalisateur : J.J. Abrams ; Scénaristes : Roberto Orci, Alex Kurtzman, Damon Lindelof.
Casting : Chris Pine, Zachary Quinto, Zoe Saldana, Benedict Cumberbatch, Karl Urban, Simon Pegg, John Cho, Anton Yelchin, Bruce Greenwood, Peter Weller, Alice Eve, Leonard Nimoy, Noel Clarke.