Tim Burton’s Ed Wood (1994)

lundi 01 octobre 2012 à 13:40

Époque chargée pour Tim Burton que ce début des années 90. Après et en parallèle de Batman Returns, il faisait de la production et développait Mary Reilly. Un projet qui tomba à l’eau (et qui fut plus tard réalisé par Stephen Frears) au moment où il commençait justement à produire Ed Wood qu’il pouvait donc lui-même mettre en scène pour le coup.

Biopic consacré à celui que beaucoup considèrent comme étant le pire des réalisateurs de l’histoire du cinéma, Ed Wood change de ce que Burton a fait auparavant, quittant l’imaginaire pour s’intéresser à quelqu’un de réel. Cela dit, il n’est pas difficile de percevoir dans ce film comme une certaine distance avec la réalité, mais c’est clairement là pour nous montrer la folie légère qui régnait dans le microcosme que Wood avait créé autour de sa personne.

En tout cas, sa personnalité atypique transparait vraiment dans ce film d’un passionné de cinéma sur un passionné de cinéma. Affirmer que Burton se retrouvait dans Wood à un certain degré n’est pas vraiment prendre un gros risque, car ils partagent tous les deux cet amour pour les films d’horreur et ils ont du mal à trouver une place à Hollywood. Bien entendu, ils sont également différents à bien des niveaux, mais on peut par exemple clairement entendre Burton parler quand Wood se plaint de la mainmise des financiers sur l’aspect artistique de ses créations, tout particulièrement avec un long métrage comme celui-ci qu’il a dû défendre hardiment pour parvenir à le tourner en noir & blanc.

Quoi qu’il en soit, Ed Wood est une dramédie touchante avec en son centre un homme incompris désirant réaliser de grandes choses. Il espérait devenir le nouvel Orson Wells, mais n’avait pas le début de son talent. Cela ne l’arrêta pas et je pense que c’est parce qu’il n’en avait pas conscience, tout simplement. Donc, il veut faire des films et sa rencontre avec Bela Lugosi qu’il vénérait lui offrit l’opportunité de se lancer. Martin Landau incarne le célèbre interprète de Dracula et a gagné un oscar pour sa prestation, je dirais juste qu’il ne l’a pas volé. Il est tout bonnement fantastique, s’effaçant totalement dans le rôle, lui donnant une présence importante et faisant par moment de l’ombre à Johnny Depp qui, pourtant, délivre lui aussi une belle performance – celle qui finit par confirmer sa crédibilité en tant qu’acteur de cinéma.

Cela dit, si les deux acteurs sont magistraux et appuyés par des seconds couteaux tout aussi impeccables – Patricia Arquette, Sarah Jessica Parker, George Steele, Lisa Marie et Bill Murray –, c’est la mise en scène qui élève vraiment l’œuvre. Burton s’amuse avec les ombres, insuffle une grande énergie à ses plans fixes, rend de multiples hommages et compose des images avec une imagination débordante qui surprend à plusieurs reprises.

Ed Wood n’est pas pour autant dénué de défauts, tout particulièrement au niveau du rythme avec certains passages qui s’étirent un peu et des transitions qui tardent légèrement à venir, mais cela n’enlève rien au plaisir qu’il y a à plonger dans ce biopic original et touchant.

Next : Sweeney Todd: The Demon Barber of Fleet Street

Réalisateur : Tim Burton ; Scénariste : Scott Alexander, Larry Karaszewski.
Casting : Johnny Depp, Martin Landau, Patricia Arquette, Sarah Jessica Parker, Jeffrey Jones, Lisa Marie, Bill Murray, Max Casella, Brent Hinkley, George Steele.