Triste Monde Tragique : Et Dieu créa le Cube

mercredi 26 juin 2013 à 11:44

Cube (1997)

Il y a bien longtemps de cela, j’ai créé une colonne sur ce blog qui portait le titre Triste Monde Tragique, mais après une première itération, elle n’a pas connu de suite. Il est probablement temps que je poursuive mon exploration de la représentation pessimiste du monde dans lequel nous vivons au travers d’œuvres cinématographiques importantes ou non, explicites ou non, pertinentes ou non. L’art, que voulez-vous ?

Premier long métrage mis en scène et scénarisé par Vincenzo Natali, Cube est un film canadien de science-fiction horrifique réalisé en 1997, mais qui n’est sorti chez nous qu’en 1999. Cela parle d’un groupe d’individus qui se réveillent dans un Cube géant contenant plein de cubes. Ils ne savent pas comme ils sont arrivés là, ni comment en sortir. Ils réalisent rapidement, en passant d’un cube à un autre, que certains sont piégés. Ils tentent alors de survivre.

Cube (1997)

Sous son apparence de simple survival dans lequel n’importe qui peut se faire charcuter au moindre faux pas, Cube se révèle être avant toute chose un thriller psychologique assez vicieux qui dresse un portrait peu glorieux de la nature humaine.

Au premier abord, le film parait jouer la facilité en définissant ses personnages sous forme d’archétypes. Il y a le flic, le docteur, le criminel, l’étudiante, le bureaucrate et l’handicapé. Mais voilà, le cube fournit un environnement oppressant qui pousse chacun à révéler sa véritable nature. Celui qui représentait l’autorité et la sécurité devient progressivement aussi instable que dangereux, tandis que celui qui – de son propre aveu – ne servait à rien, s’impose comme étant le plus fiable.

Rien de bien édifiant, mais Natali est très hitchcockien dans sa gestion du suspense et cela rend l’évolution de ses personnages cohérente. Néanmoins, ce qui est réellement pertinent dans son histoire, c’est la manière d’offrir différentes perspectives qui encouragent un questionnement sur l’être humain.

Cube (1997)

Worth : We’re both part of the system. I drew a box, you walk a beat. It’s like you said, Quentin, just keep your head down, keep it simple, just look at what’s in front of you. Nobody wants to see the big picture. Life’s too complicated. I mean, let’s face it, the reason we’re here is that it’s out of control.

Le Cube devient alors une allégorie. À l’intérieur, comme dans le monde extérieur, chacun a un rôle à jouer et personne ne sait vraiment pourquoi il doit faire ce qu’il est supposé faire. Seulement, il le fait, étant donné que c’est ce qui fait avancer la machine, c’est ce qu’on attend de lui. C’est cynique au possible et cela va bien plus loin, car en prenant conscience de cela, certains n’arrivent pas à gérer l’idée qu’ils peuvent ne servir à rien, n’être juste que des pions sur un échiquier dont ils ne voient pas les bords – en l’occurrence, ils finissent quand même par atteindre à une extrémité du cube, ce qui est rassurant, même si le fait qu’aucune porte de sortie n’est visible, ce qui amplifie l’idée que tout le voyage est vain.

L’un des points sur lequel Natali met une certaine emphase se trouve être la possibilité d’un Dieu qui aurait simplement oublié sa création. La religion n’est pas mon domaine de prédilection, mais l’angle est intéressant d’un point de vue purement narratif, puisqu’elle sert ici à confirmer l’idée que le Cube n’est réellement qu’une métaphore.

Cube (1997)

Why put people in it? Because it’s here ; you have to use it, or you admit it’s pointless. But it… it is pointless.

Quoi qu’il en soit, quand la conclusion arrive et qu’il est littéralement temps de marcher vers la lumière au fond du couloir, Cube nous révèle de façon tristement ironique que se poser trop de questions qui ne peuvent pas trouver de réponse c’est l’équivalent de s’enfermer soi-même dans une prison. La liberté a un prix, celui de l’ignorance visiblement. Mais ce qu’il faut surtout retenir de ce voyage intense en compagnie de cette sélection spécifique d’individus, c’est que l’homme est le pire ennemi de l’homme. Si chacun avait mis son égo de côté et avait travaillé à l’unisson avec les autres, ils seraient surement tous sortis du cube, mais dès que l’un d’entre eux a perdu le contrôle, il est devenu plus dangereux que le cube lui-même. Triste monde tragique.

Holloway : This is how we ruin the world?
Leaven : Well, duh! Have you been on glue all your lives? I felt guilty for ruining the world since i was like seven. God! If you need someone to blame, throw a rock.