Triste Monde Tragique : On a ruiné la Terre, on mérite du Soylent Green

mardi 27 août 2013 à 18:52

Soylent Green (1973)

Qu’est-ce que le Soylent Green ?  Bonne question que peu de personnes ne semblent réellement vouloir se poser dans le célèbre film de science-fiction de Richard Fleischer. Même Charlton Heston, dans le rôle de Thorn, ce bon flic roublard et clairement légèrement plus futé que la moyenne ne va pas chercher plus loin. Probablement parce que dans les années 70 (ou les ’60s, puisque l’histoire est basée sur un roman de Harry Harrison de 1966), on pensait que l’être humain détruirait les ressources naturelles sur les continents, rendrait l’air toxique, mais laisserait les océans en paix. Le Soylent serait donc du plancton. Forcément.

Mais peu importe, car si Soylent Green finit par répondre à une question que l’on ne se posait pas spécialement non plus, il parvient à côté de ça à toucher dans le mille sur d’autres sujets. Le premier est qu’il s’interroge sur quelque chose qui est aujourd’hui encore dramatiquement ignoré : quand on sera en surpopulation et que les ressources naturelles ne seront plus suffisantes pour nourrir tout le monde, qu’allons-nous manger ?

La réponse ici est bien entendu les produits de la Soylent Corporation. L’argent dans le futur est dans la nourriture. Quelque chose sur lequel nous devrions tous méditer longuement. Ça et l’eau, puisqu’elle sera forcément rationnée.

Soylent Green (1973)

La seconde chose que le film illustre à merveille est que rien ne change, les riches ne seront toujours pas traités au même niveau que les pauvres. Ils auront des douches chaudes, du véritable whisky et des femmes qui font partie des meubles – c’est un moyen comme un autre de gagner sa vie dans le futur apparemment. Les mœurs évoluent quand on doit manger des carrés de plancton.

2022 n’est pourtant pas si loin que ça et, une fois de plus, la science-fiction nous projette une vision bien dramatique de l’humanité. On est vraiment en retard pour anéantir notre planète, mais on fait de notre mieux. On ne sera cependant pas au niveau de Soylent Green dans 9 ans. Du moins, c’est peu probable. Espérons-le, car le le plus tragique dans cette vie misérable n’est pas que les gens dorment les uns sur les autres dans les escaliers, se révoltent pour quelques carrés de plancton à l’apparence artificielle ou qu’ils font la queue pour avoir leur ration d’eau. En réalité, le pire, c’est de se souvenir de tout ce que l’on a perdu.

Le souvenir de la beauté du monde dans lequel on a grandi, du gout de la viande rouge et des fruits, de l’odeur d’un air non pollué, de la grâce des animaux sauvages. C’est au moment où Sol Roth, l’ami de Thorn, décide de mettre fin à ses jours et se rend dans un institut qui assiste au suicide que Soylent Green fait enfin comprendre son message, et il est tragique. Roth est installé confortablement dans une salle où il est drogué et attend sa mort en admirant un film lui montrant de magnifiques images de la nature qui n’existe plus désormais.

Soylent Green (1973)

Quand on vit en sachant tout ce que l’on a perdu, peu importe ce que l’on nous donne à manger au final, puisqu’il n’est plus question que de survivre. Peu importe la composition du Soylent Green et le fait que des personnes sont tuées pour que cela reste un secret, car c’est le prix à payer pour les erreurs commises par ceux qui nous précèdent et nous-mêmes. Ça et le fait de savoir que ceux qui nous suivent ne connaitront jamais ce que nous avons détruit.

La morale de Soylent Green au final est surtout que l’on ferait mieux de faire attention au Monde dans lequel nous vivons maintenant. Pour ce qui est de ce que l’on mange, on ne veut déjà pas savoir d’où ça vient, pourquoi cela changerait-il ? L’ignorance est probablement ce qui sauvera les générations futures, Tristre Monde Tragique.

Roth : Isn’t it beautiful?
Thorn : How could I ever imagine?