Zero Dark Thirty (2012)

mercredi 23 janvier 2013 à 11:36

Zero Dark Thirty (2012)

De retour après The Hurt Locker qui avait rappelé à tous ceux qui l’avaient oublié qu’elle savait faire du cinéma, Kathryn Bigelow s’attaque à un sujet aussi sensible que pertinent avec Zero Dark Thirty, à savoir, la traque d’Osama Ben Laden.

Le film commence sur fond noir avec un rappel audio du 9/11 qui sert à poser le contexte. L’idée de cette ouverture est clairement de n’insulter personne et d’éviter l’exploitation facile. Ce n’est pas le sujet ici – contrairement au malheureusement oubliable World Trade Center d’Oliver Stone. On passe donc à autre chose sans perdre de temps.

Nous rencontrons alors Maya, jeune agent de la CIA dont la courte carrière était jusque-là consacrée à la collecte d’informations sur Al-Qaïda. Elle arrive au Pakistan et est directement plongée dans le cœur du sujet aux côtés de Dan, un interrogateur qui s’occupe d’un détenu qui introduira la première pièce du puzzle, Abu Ahmed.

Zero Dark Thirty (2012)

Bien que l’on puisse se demander au début si Bigelow cherche à choquer avec des scènes de torture, il devient rapidement clair que ce qui l’intéresse vraiment, ce sont les faits. Le film est ainsi construit de manière méthodique, se focalisant sur des périodes clés nous montrant Maya progressant ou non dans sa traque d’Abu Ahmed. Cette quête mènera au résultat que l’on connait déjà, mais les embuches sont nombreuses et viennent majoritairement du gouvernement américain, puisque la jeune femme est progressivement isolée dans ses positions et devra se battre contre ses supérieurs pour poursuivre cette piste que beaucoup pensent imaginaire.

Maya ne se dévoilera que peu, mais il est surtout clair que cela vient du fait qu’elle n’a simplement aucune vie à côté de son travail. Son comportement obsessionnel est en tout cas en accord avec son manque flagrant de maitrise dans le registre de la démagogie et des relations publiques. Elle ne fait que se focaliser sur ce qu’elle croit et refuse de battre en retrait. Cela la rend étrangement fascinante à un certain degré, mais il faut aussi reconnaitre que le fait qu’il ne soit pas évident de la comprendre au début et que s’identifier à elle est assez compliqué n’aide pas à insinuer de l’émotion.

Zero Dark Thirty (2012)

Zero Dark Thirty n’est de toute façon pas le type de film qui cherche à séduire le spectateur de cette façon. De plus, Kathryn Bigelow se montre bien trop rigide dans la construction de sa narration pour laisser de la place pour autre chose. Le résultat est d’une efficacité impressionnante qui rend le visionnage rapidement des plus captivants.

En apparence dénué d’un agenda politique et entièrement dédié aux faits au détriment de l’aspect humain, Zero Dark Thirty offre un spectacle plutôt unique qui ne cesse de surprendre et qu’il est difficile de lâcher avant la dernière seconde. Kathryn Bigelow a fait des choix assez intransigeants, mais si ceux-ci peuvent être longuement débattus, il est indéniable qu’elle a su ne jamais perdre son but des yeux – comme son héroïne – et est ainsi parvenue à livrer un film qui mérite d’être discuté.

Zero Dark Thirty (2012)

Réalisatrice : Kathryn Bigelow ; Scénariste : Mark Boal.
Casting : Jessica Chastain, Jason Clarke, Kyle Chandler, Jennifer Ehle, Mark Strong, Fares Fares, Stephen Dillane, Edgar Ramirez, Harold Perrineau, Joel Edgerton, Chris Pratt, Taylor Kinney, Mark Duplass, Frank Grillo, Callan Mulvey, James Gandolfini.